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  • Alex

Grossesse, accouchement, bébé... Et le PAPA dans tout ça?

Mis à jour : nov. 15


La maman et son bébé sont au cœur de tous les sujets sur la grossesse et l’accouchement - à juste raison bien entendu. Leur bien-être, physique et mental, est au premier plan.

Mais très souvent, on oublie de parler des hommes. Or les futurs papas se posent aussi des questions, ils ont leurs propres envies... Alors aujourd’hui, on parle d’eux! Comment peuvent-ils accompagner leur partenaire enceinte et pendant l’accouchement, trouver leur place dans ce nouvel équilibre?

J’ai recontré Doris Ramseier Schudel, sage-femme en Suisse, pour en discuter.



Alex : Bonjour Doris! Tu rencontres les couples en amont de la naissance, quels commentaires ou questions reçois-tu de la part des futurs papas?


Doris: Je vois un intérêt croissant de la part des pères. Ils veulent souvent tout comprendre, ils sont très à l’écoute et dans l’observation. Il existe aussi encore parfois une certaine distance, qui peut être due à des normes culturelles. La grossesse et l’accouchement sont dans certaines cultures une affaire de femmes, dans lesquels ils ne sont pas toujours les bienvenus.


Alex : Les femmes passent à travers beaucoup de changements pendant leur grossesse, physiques et psychologiques. Que conseilles-tu aux papas qui souhaitent accompagner leur partenaire durant cette période, et prendre part autant que possible à cette grossesse?


Doris : Je conseille à ces papas d’être tout d’abord à l’écoute autant que possible, d’échanger; une femme en a souvent d’autant plus besoin durant cette période. Les couples peuvent aussi s’organiser des rituels hebdomadaires, comme faire une promenade, prendre un thé le soir pour discuter… Tous ces moments ensemble sont importants, pour conserver et nourrir la relation.

Sur ce sujet, le contact physique joue aussi un rôle : les massages sont souvent adorés par les femmes enceintes qui ont des douleurs dans les jambes ou le dos, et qui ont besoin de se relaxer!

Il est capital en revanche d’être attentif aux changements de la femme enceinte, car ses besoins évoluent.

Toutes les femmes n’aimeront pas les mêmes choses. Les seins par exemple peuvent devenir tendus et douloureux durant cette période, et certaines femmes n’auront pas envie qu’on les touche.


Les hommes s’impliquent dans l’arrivée du bébé de différentes façons, en fonction de leurs aptitudes et caractère. Je vois certains hommes par exemple se mettre à fabriquer un lit pour le bébé, bricoler - c’est leur moyen à eux d’accueillir ce petit être, et c’est très bien!

Le couple peut également s’intéresser ensemble au développement du futur bébé, s’émerveiller à deux des différentes étapes de sa croissance.


Enfin, le couple peut aussi prendre un moment pour rentrer en contact avec le bébé, par exemple le soir quand tout est calme.

Le papa peut parler au bébé à voix haute, le sentir bouger à travers sa main. Cela permet d’impliquer le papa qui ne peut évidemment pas sentir bébé autant que la maman. Et s’il pose son oreille au bon endroit sur le ventre, il peut parfois même entendre les battements de cœur du bébé!

Pour les couples qui souhaitent être guidés et aller plus loin, il existe également des séances encadrées d’haptonomie, durant lesquelles les parents vont notamment apporter des légères pressions sur le ventre pour rentrer en contact avec bébé.


Alex : L’accouchement est aussi source de beaucoup de questions pour les papas. Souvent, ils voient leur partenaire passer par des moment douloureux et voudraient les aider, sans savoir exactement quoi faire pour les soulager. As-tu des suggestions pour eux?


Doris: Tout d’abord, il faut savoir que lors d’un accouchement naturel, seule la femme peut mettre au monde son bébé - ni la sage-femme ou le médecin, c’est à elle de le faire. Et pour cela, elle a besoin d’intimité. L’accouchement est finalement un moment très intime, et c’est au papa que revient le rôle de créer cette atmosphère de calme, de protéger cette intimité - autant que la situation le permet. Cela veut dire par exemple, demander qu’il y ait éventuellement moins d’aller et venues dans la pièce, que l’on baisse les lumières quand cela est possible, en fonction du lieu de naissance qu’on a choisi. Cela peut vouloir dire aussi prendre en charge tout le côté pratique et administratif (choisir le menu du petit déjeuner le lendemain, fournir le numéro de sécurité social, etc). Tout ce qui peut maintenir cet espace protecteur autour de la femme est une tâche très importante pour le papa.


Les hommes voudraient parfois en faire davantage, se demandent constamment quoi faire, mais il suffit parfois simplement d’être présent, c’est déjà très important. Et je ne fais pas seulement référence aux moments des contractions, mais aussi aux périodes entre les contractions! Je conseille aux hommes de maintenir le lien avec la maman aussi durant ces moments là. Les femmes ont aussi besoin de soutien quand elles reviennent à un état “normal”! Les futurs papas peuvent par exemple leur apporter de l’eau quand cela est possible/autorisé, leur éponger le front avec une compresse froide, leur parler et les encourager, trouver les mots qui leur feront du bien...


C’est aussi à la femme d’exprimer ses besoins à son partenaire. Souhaite-t-elle qu’il lui prenne la main, qu’il lui fasse un massage, ou a-t-elle simplement besoin de silence?

Il faut enfin noter que l’accouchement peut être très stressant pour le papa aussi… Pour certains c’est trop, et ils n’arrivent pas à être présent. Ce n’est pas grave! Si cet évènement peut être une opportunité pour renforcer le lien du couple, il faut se rappeler que pendant très longtemps les femmes ont fait cela entre elles. Il ne faut donc pas sentir d’obligation, et surtout pas de culpabilité!


Alex : Et peut-il faire quelque chose concrètement pour atténuer la douleur de l'accouchement, ou accélérer le travail?


Doris : Il y a plusieurs choses que le papa peut faire pour aider la maman à ce niveau-là en effet:

  • Encourager la maman à changer de position toutes les 30 minutes, car cela va accélérer le travail (quand cela est possible)

  • Respirer profondément avec elle. Il est fréquent que les femmes coupent leur respiration face à la douleur ou la panique.

  • Il peut également aider la maman à respirer en passant ses mains sur son dos, depuis les épaules jusqu’aux hanches. Ce toucher va l’inciter à approfondir sa respiration.

  • Lors des contractions, le père peut appuyer dans le bas du dos avec le plat de la main, entre les articulations sacro-iliaques, avec l’accord de la maman. Toujours avec son accord, il peut y mettre tout son poids pour avoir un réel effet contre la douleur.

Autant que c’est possible, je conseille aux papas de tenter de garder leur calme. Certains hommes sont inquiets voir paniqués avant l’accouchement notamment à l’idée de voir du sang pendant la naissance. A ce sujet rassurez-vous, il n’y a pas de sang ou très peu avant que le placenta ne sorte!


Malgré tout, je recommande vraiment aux papas de se positionner à côté de la tête de leur partenaire et pas vers le gynécologue, notamment pour préserver la vie sexuelle du couple.


Enfin, on le dit trop rarement, mais les hommes doivent aussi faire attention à leurs propres besoins pendant l’accouchement, ne pas s’oublier! Un accouchement peut durer très longtemps, ils doivent donc amener de quoi se nourrir et boire sur le lieu de naissance, de quoi se changer, voire une brosse à dent. Certains hommes ne sont là que pour leur partenaire, mais ils doivent aussi penser à eux et faire une pause quand ils en ressentent le besoin, pour sortir prendre l’air un instant. C’est très important aussi.


Alex : Parlons enfin de l’après : quand le couple devient une famille, ou que la famille s'agrandit et que les dynamiques changent. Les mamans peuvent être très fusionnelles avec leur bébé, et il arrive que certains hommes cherchent leur place dans ce nouvel équilibre, souhaitent avoir leur rôle à jouer également. Que leur conseilles-tu dans ces cas là?


Doris: Les hommes ont un rôle très important durant la phase de post partum! Un bébé a besoin qu'on s'occupe énormément de lui, environ 8 heures par jour. C'est très intense, et deux personnes sont donc largement nécessaires. Ne serait-ce que s’occuper de la maison (ménage, courses, cuisine etc) pour laisser à la maman le temps de se reposer, allaiter si elle allaite, c’est déjà énorme!

On devrait également encourager les papas à s’occuper du bébé dès le début : donner le bain, changer les couches, donner le biberon si la maman n’allaite pas…

Je remarque lors de mes visites qu’encore assez souvent, c’est le rôle de la femme. Il est attendu qu’elle s’occupe du nouveau-né, l’homme a parfois peur de le “casser”, et préfère attendre que bébé grandisse un peu...

Pourtant, il est important que les papas prennent le bébé dans leurs bras, avec une main derrière la tête. Il est d’ailleurs souvent plus facile pour eux de calmer un nouveau-né car celui-ci ne cherchera pas le lait, comme il le ferait avec sa maman.

Enfin, comme pendant la grossesse, il faut penser à maintenir la relation de couple durant cette période. Il me semble important que le papa soit notamment disponible, qu’il reste joignable même s’il doit retravailler rapidement. Il arrive que la maman soit parfois à bout, et elle devrait à mon sens pouvoir l’appeler quand elle a besoin.

Alex : On entend parler des baisses de moral voire même des dépressions postpartum - le fameux baby blues - qui peuvent parfois affecter la maman durant les mois suivant l’accouchement. Les papas peuvent-ils aussi rencontrer ce type de difficultés durant cette période? Et que faire dans ces cas-là?


Doris : Oui, et c'est d’ailleurs plus fréquent qu’on ne le croit!

On estime qu’environ 10 % des femmes souffrent de baby blues, et on a découvert que le pourcentage est à peu près identique chez les papas, même s’il est encore moins bien expliqué.

On demande souvent aux jeunes mamans comment elles se sentent, elles ont parfois un questionnaire à remplir après leur accouchement pour évaluer leur état mental. On devrait faire la même chose avec les hommes! Ils ont encore trop peu d’espace pour pouvoir parler d’eux, de leurs inquiétudes, leur perte de repères ou de leur baisse de moral. Pour en parler, mais également pour se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls!


Si un homme se sent triste après la naissance de son enfant, il ne doit pas avoir honte de demander de l’aide. Le médecin de famille peut parfois être un premier contact pour en discuter. Quand on se réveille en se sentant vide, sans joie, c’est le signe qu’il faut agir et consulter sans tarder un médecin ou un psychologue. Encore une fois il faut accepter de se faire accompagner quand on en a besoin, sans éprouver de culpabilité. Certains hommes dans ce cas-là se réfugient parfois dans le travail, ou dans d’autres engagements qui les éloignent de la cellule familiale. Attention! Il est important pour le bien de toute la famille de réagir.




Doris Ramseier Schudel est sage-femme libérale à Buchs (SG), en Suisse. Elle accompagne les couples avant la naissance avec des séances de préparation à l’accouchement, et pendant les premiers mois qui suivent la naissance de leur bébé.


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